|
Le transport routier de
marchandises est,en France, mais aussi dans tous les autres pays
d’Europe, une activité essentielle et multiforme dont la souplesse
inimitable, le faible coût de revient, la capacité d’adaptation sont
indispensables à notre économie.
Bien avant le rail (14 %), la voie d’eau (2%), le transport routier
de marchandises (78 %) est le premier secteur du transport terrestre
en France, et ceci de très loin.
Quel que soit le pays d’Europe, le transport routier
de marchandises représente un poids important dans le total du
transport des marchandises, il va de près de 50% du total à plus de
85%. En 2000, la part de la route dans le transport total de
marchandises (en % de tonnes/km) est la suivante dans les différents pays (données
FNTR),
|
|
% de la route |
|
Italie |
86,7% |
|
Espagne |
85,6% |
|
Royaume-Uni |
83,5% |
|
France |
76,2% |
|
Belgique |
71,2% |
|
Allemagne |
69,6% |
|
Pologne |
60,0% |
|
Hongrie |
56,9% |
|
Pays-Bas |
48,8% |
|
Moyennes : |
|
|
UE15 |
74,7% |
|
PECO |
50,0% (*) |
(*) Soit un doublement par
rapport à 1990 : 27%
En France,
le poids de l’activité des transports dans l’économie est resté
quasiment inchangé depuis 40 ans. Actuellement, la valeur ajoutée du
TRM représente 0,8% du PIB et les valeurs ajoutées du TRM et des
auxiliaires représentent 1,1% du PIB.
Le TRM emploie directement, dans les entreprises de
transport pour compte d’autrui, en 2003, 367000 personnes (salariés
et non salariés), soit environ 33% des emplois dans les transports
et environ 5% des personnes ayant un emploi. A cet effectif, il faut
ajouter le personnel régulièrement ou occasionnellement consacré au
transport pour compte propre des marchandises, soit probablement
plus de 100000 salariés (Source : Union
Routière de France).
Phénomène nouveau, alors que traditionnellement
l’emploi augmentait dans le TRM, l’année 2003 a été marquée par une
légère baisse. « L’emploi ne progresse plus dans le secteur des
transports. En septembre 2003, il est même légèrement inférieur à
son niveau un an plus tôt, avec une [relative] stabilité dans le
secteur du transport routier de marchandises » (Rapport SES - 2003,
« Une année perturbée pour les transports »). Depuis 1990, il a
tout de même progressé de près de 35%.
En ce qui concerne les participations étrangères dans
les entreprise de TRM en France, le SES a réalisé une étude afin de
mesurer les conséquences des participations étrangères dans le TRM
en France (1388 entreprises contrôlées par une autre, ont été
interrogées). Entre 1995 et 2000, le nombre d’entreprises de
transport routier de marchandises ayant un actionnariat étranger
majoritaire a doublé. Le secteur du transport français (TRM et
organisation) séduit de plus en plus d’investisseurs étrangers. La
situation de contrôle du TRM en 2000 est la suivante :
|
|
Français |
Etranger |
|
Entreprises de TRM contrôlées |
91% |
9% |
|
Effectifs salariés |
86% |
14% |
|
Chiffre d’affaires |
85% |
15% |
Le poids des entreprises françaises de TRM
contrôlées par des groupes étrangers augmente notablement (dynamisme
des entreprises déjà présentes et arrivée de nouveaux acteurs). Ces
groupes viennent essentiellement des pays d’Europe du
Nord (Allemagne et Benelux pour 42%, Royaume-Uni et Scandinavie pour
20%). De telles entreprises, à actionnariat majoritairement
étranger, se distinguent par leurs implantations (Ile-de-France et
régions transfrontalières, i.e. Alsace et Nord-Pas-de-Calais), elles
sont davantage spécialisées dans l’organisation de transport que
dans le TRM, ont une taille relativement importante et recourent
davantage que les autres à la flexibilité du travail. Elles
investissent plus dans les équipements informatiques.
Quoi qu’il en soit, pour l’ensemble de l’année 2003,
le TRM français a connu un progrès global de son activité (valeur
ajoutée) de +0,2% et de son trafic de +0,8% (le résultat 2002 était
légèrement négatif : -0,2%). Cependant, cette progression globale du
trafic du TRM masque une double opposition. En effet, alors que les
transports intérieurs ont augmentés de +1,1%, les trafics
internationaux ont pour leur part diminués de -1,8%. De même, alors
que le transport effectué pour compte d’autrui a progressé de +1,5%,
le transport en compte propre a chuté de -2,3%. A l’international,
le pavillon français est donc en recul.
Cette activité s’accompagne de plus en plus fréquemment de services
tiers, rendus dans le cadre ou dans la préparation du transport,
comme la logistique ou l’organisation des transports qui ne sont
plus des activités accessoires destinées à compenser l’autre, mais
bien davantage pour compléter l’autre.
On assiste, dans ce métier du Transport, à une
sophistication de plus en plus poussée des techniques d’aides à la
conduite (GPS, nouveaux systèmes de freinage, pesée embarquée,
nouveau chronotachygraphe à puce, informatique embarquée), la prise
de fret par l’intermédiaire de bourses de fret télématique, de la
traditionnelle économie de stocks à une économie de flux qui a placé
ses entreprises à la
charnière entre le monde de la production et celui de la diffusion.

LA REGLEMENTATION SOCIALE

La réglementation sociale européenne s’applique à
tous les conducteurs de véhicules de plus de 3,5 tonnes de poids
maximum autorisé, et cela qu’ils interviennent pour le compte
d’autrui ou en compte propre, en transport national ou international
(et donc dès lors qu’ils travaillent sur le territoire d’un État
membre de l’UE), comme salariés ou en indépendants. Elle a
essentiellement trait à l’harmonisation des temps de conduite et des
temps de repos et vise à obliger les routiers à faire des pauses
régulières afin de garder en permanence une bonne vigilance. Elle
décrit les règles fondamentales et les aménagements qui permettent
d’assouplir certaines règles (le détail de la RSE est présenté en
annexe IV).
Les principaux éléments à respecter sont les
suivants:
La conduite continue est de 4 heures 30 maximum suivies d’une
interruption de 45 minutes.
La conduite journalière est de 9 heures maximum. Sur
une semaine, le temps de conduite ne doit pas excéder 6 jours de
conduite consécutifs au terme desquels un repos hebdomadaire doit
obligatoirement être pris. De plus, sur 2 semaines consécutives, le
temps de conduite ne peut pas dépasser 90 heures de conduite au
maximum (ceci constitue l’enveloppe de conduite européenne).
Le repos journalier doit être de 11 heures consécutives minimum.Le
repos hebdomadaire doit être de 45 heures consécutives (comprend le
repos journalier)

|
Période
|
Règles Générales
|
|
Conduite continue
|
4 heures 30
|
|
Interruption conduite
|
3/4 d’heure ou 3 fois 15 minutes
|
|
Conduite journalière
|
9 heures portées à 10 heures 2 fois par
semaine
|
|
Repos journalier
|
11 heures consécutives porté à 9 heures
consécutives trois fois par semaine
|
|
Durée quotidienne maximale du temps de
service
|
Règle générale: 12h
Si le personnel roulant a accompli tout
ou partie de son travail entre 21h et 6h: 10h porté à 12
h deux fois par semaine
|
La
définition du temps de travail
Le
temps de travail comprend le temps de conduite (dans l’ensemble des
pays européens), mais aussi d’autres temps affectés à divers
travaux. La définition du temps de travail relève des compétences
nationales, il s’agit donc d’une notion extrêmement hétérogène en
Europe. Les orientations prises par les différents pays européens
sont différentes. Selon les sources de droit, il existe 3, voire 4,
orientations différentes :
- Loi
nationale (loi / décrets, dans tous les pays)
- Conventions
collectives nationales (notamment en Belgique et en France)
- Conventions
collectives régionales (notamment en Allemagne et en Espagne)
- Code
du travail / accords d’entreprises (voire individuellement selon le
contrat de travail) (en particulier au Royaume-Uni)
Et les temps de travail n’englobent pas les mêmes temps, selon les
pays :
- Pays
avec notion de temps de travail et décompte des temps autres
(« temps de service » en France) : à l’intérieur de ce temps,
différents éléments sont considérés, du début à la fin de service
(conduite et temps autres) ; cas de la France et de l’Allemagne
- Pays
avec notion de temps de conduite auquel « s’ajoutent » d’autres
temps (il n’y a pas de décompte des temps autres). Par exemple, le
temps standard d’un chargement est défini à 10min, si le chauffeur
met plus de temps (20 min par exemple), il ne lui sera pas compté
davantage de temps de travail (et il ne sera donc pas payé plus),
s’il met moins de temps (5 min par exemple), il ne sera pas retiré
de son temps de travail et ce temps sera considéré comme réalisé, il
ne sera donc pas rémunéré moins.

Les éléments
pris en compte pour définir le temps de travail
varient d’un
pays à l’autre,
une activité sera ou non comptabilisée comme du « travail » selon
les réglementations nationales. Il est donc nécessaire de connaître
les activités considérées comme du travail selon les pays.
Le tableau suivant présente un récapitulatif des
temps de travail en Europe


Source : Etude PROGNOS, 2003. (*) En Grande-Bretagne,
il n’y a pas de réglementation précisant la notion de « temps de
travail » pour le transport routier.
Selon les pays, la comptabilisation ou non des ces temps dans le
temps de travail est un élément fortement différenciant.

Le chronotachygraphe
Actuellement, en Europe, tous les véhicules entrant
dans le champ d’application de la RSE (3821/85/CE et 2135/98/CE), en
particulier les véhicules de plus de 3,5t réalisant du transport de
marchandises, doivent être équipés d’un chronotachygraphe. Jusque là
analogique, cet appareil de contrôle est capable d’enregistrer
certaines données (sur des disques en papier) relatives à la marche
du véhicule et aux activités du chauffeur, comme la vitesse, la
distance parcourue, le temps de conduite, les arrêts et les temps de
repos des conducteurs. Chaque disque est associé à un chauffeur et
non au véhicule. Sa durée de vie est d’une journée maximum.
Cependant, il est à signaler que, l’exploitation des
données sur disque papier est difficile et l’appareil de bord donne
lieu à des fraudes.
Un nouveau système électronique plus sécurisé,
fonctionnant de manière harmonisée dans les différents pays de
l’Union Européenne sera mis en place progressivement (modification
du règlement 3821/85/CE par le règlement 2135/98/CE). A partir du 5
août 2005, tous les véhicules neufs de plus de 3,5 t doivent être
équipés d’un chronotachygraphe électronique. De plus, ce système
devra être installé sur les véhicules de transport routier de
marchandises supérieurs à 12 tonnes, immatriculés pour la première
fois à partir du 1er janvier 1996 à l’occasion du remplacement du
chronotachygraphe mécanique (défectueux ou non réparable). A terme,
il doit permettre de garantir de manière plus efficace le respect
des règles relatives aux temps de conduite, de repos des conducteurs
et ainsi devrait augmenter les conditions de sécurité routière. Le
conducteur sera notamment averti en cas de dépassement du temps
maximum de conduite sans interruption. Les forces de contrôle seront
équipées d’une informatique embarquée et auront accès aux
informations mémorisées. Lors de contrôles, tous les évènements et
défaillances (panne de courant, non fonctionnement de la carte,
excès de vitesse, …) seront détectés (28 jours seront enregistrés,
mais sur route le contrôle portera toujours sur la semaine en cours
et le dernier jour de la semaine précédente).
La majeure partie des « 15 anciens
Etats Membres » sont très avancés et devraient être prêts
prochainement ; pour plusieurs Etats (Pays-Bas, Luxembourg,
Allemagne, Royaume-Uni, Espagne…) les cartes à puces sont déjà
homologuées ou en cours d’homologation, leurs systèmes informatiques
permettant d’assurer la délivrance de ces cartes sont en place et en
cours d’approbation par les services de la Commission.
Les 10 nouveaux Etats-membres sont
dans une situation différente car ils ont disposé de beaucoup moins
de temps pour mettre en œuvre une organisation et un système
complexe sans précédent. Mais ces pays rattrapent leur retard en
s’appuyant sur l’expérience et les solutions mises en œuvre dans les
pays les plus avancés.
La question du surcoût en cas de
remplacement d’un chronotachygraphe analogique par un numérique
semble surtout liée aux coûts de main d’œuvre et de
l’immobilisation du véhicule ; il faut sans doute relativiser ces
coûts (supportés une seule fois par véhicule) alors que cet appareil
permettra un traitement facilité et accéléré de la gestion de
nombreuses données, ce qui devrait avoir un impact positif sur la
productivité des entreprises.
Quoiqu’il en soit, le
chronotachygraphe (analogique ou électronique) est un élément
indispensable à la surveillance du maintient des acteurs dans un
carde concurrentiel sain du point de vu des éléments contrôlés. En
effet, notamment grâce à l’enregistrement des temps de conduite et
de repos ainsi que la vitesse de véhicule, il permet, lors d’un
contrôle, de vérifier que le chauffeur a bien suivi la
réglementation. De plus, c’est actuellement très souvent le seul
outil permettant aux transporteurs de réaliser leur gestion sociale.
Les différents pavillons européens ne sont pas
identiques dans leur composition (nombre, effectifs salariés ou non, etc.). Le
tableau suivant donne notamment la répartition des effectifs, salariés et non
salariés, des entreprises de transport en Europe (il ne distingue pas les
chauffeurs routiers des autres salariés des entreprises de transport) :

Sources : EUROSTAT (données 2001), CNR, SES, « Le transport routier
de marchandises
en Europe », (à partir des statistiques européennes, le SES a établi
un diaporama
présentant les statistiques « 2002 » (données 2000) du transport
routier dans l’UE).
Hongrie : données

Source : données EUROSTAT |
Solution originale destinée aux transporteurs

"Baisse des prix de revient de 20 % à 25 %"
voir ci-après
Le coût des avantages présentés par la route
Le transport routier offre aux usagers des
services rapides, efficaces, souples et bon marché. Au total, 44 %
des marchandises transportées dans l’UE le sont par route.
Le secteur est toutefois soumis à une concurrence féroce qui pousse
certains transporteurs à baisser illégalement les prix pour gagner
des parts de marché ou à ignorer la législation sociale et les lois
relatives à la sécurité. La législation sociale doit être renforcée,
de même que les contrôles portant sur la sécurité. La tarification
routière est un autre moyen de réguler la place occupée par la route
au sein des différents modes de transport. Elle permet de faire en
sorte que le prix d’utilisation des routes reflète le coût total de
construction et de maintenance des infrastructures, de résoudre les
encombrements, de respecter les normes environnementales et de
réduire les accidents.
Après avoir « vendu du kilomètre », le transporteur
français propose généralement à son client une qualité de service
d’expéditeur de marchandises qui en fait un des professionnels les
plus « pointus » d’Europe, sinon du monde.
Les véhicules poids-lourds du secteur consomment 1/3 du gazole
distribué en France et versent globalement 4,7 milliards d’€ de
contribution au budget de l’Etat au titre de la TIPP.
47
ans après la signature
du traité de Rome, il n'existe toujours pas de véritable marché
européen du transport routier où pourraient évoluer dans une saine
concurrence des opérateurs soumis à des règles uniformes.
L'Europe des
transports est pourtant un enjeu économique stratégique. Le marché
des transports est avant tout européen et c'est à cette dimension
qu'il faut s'adapter.
Pour le transport routier, il faut une Europe forte de
réglementations claires, applicables et contrôlables par tous.
Pour le TRM
français, l’application des 35 heures, ainsi que diverses
réglementations propres à la France, ont entraîné des
transformations profondes dans le métier du transport routier.
Les routiers
français ne sont plus performants vis-à-vis des étrangers, notamment
via vis des transporteurs Espagnols, mais surtout vis à vis de ceux
des pays de l’Est, sur la longue distance. En revanche, les
transporteurs étrangers peuvent traverser la France sans grand
problème et peuvent effectuer du cabotage (pour l’instant tous les
transporteurs européens n’ont pas accès au cabotage : nouveaux
entrants). Dans ces conditions, le France connaît une part
croissante des flux réalisés par des pavillons étrangers (vers et à
partir de la France, international et cabotage).
Cette situation économique du TRM français longue
distance souffre de longue date de plusieurs maux : baisse des prix
de transports, augmentation des coûts, charges sociales et fiscales
françaises lourdes, temps de travail français inférieurs aux autres
pays européens, mauvais respect des règles du jeu communautaires et
développement fort de la sous-traitance.
«
Non-assistance à secteur en danger »,
titrait un communiqué de l'Association française du transport
routier international (Aftri) début octobre 2004.
Entre 1995 et 2003, la part du pavillon français a baissé de 14
points dans l'acheminement du commerce extérieur du pays. Dans les
trafics bilatéraux avec les 25, la France est en dessous de 50 %
partout, sauf avec la Grande-Bretagne (51 % en 2003)
A ces graves difficultés connues depuis de nombreuses
années. Et donc à cette situation de crise chronique annoncées de
longue date sont venus s’ajouter courant 2003/2004 la perspective
de l’arrivée de nouveaux entrants dans la communauté européenne et
par ailleurs une envolée des prix du pétrole.
Face à cette situation de crise
et aux inquiétudes générées par la non compétitivité actuelle qui ne
pourra que s’accroitre dans un avenir proche, un certain nombre de
mesures ont été prises récemment pour tenter de redonner de la
compétitivité aux entreprises françaises
Le cabotage est un
transport effectué avec chargement et déchargement dans un même pays
étranger (i.e. droit d'effectuer du transport intérieur accordé à un
transporteur d’une autre nationalité). Actuellement les pays qui
peuvent caboter et être cabotés sont ceux de l’Europe des 15, ainsi
que trois des nouveaux membres de l’Union des 25 : Chypre, Malte et
la Slovénie. Une période transitoire d’interdiction a été mise en
place pour les 7 autres nouveaux membres de l’Union :
-
Jusqu’au 1er mai 2007 (renouvelable pour une période de 2 ans), les
entreprises ressortissant de la Hongrie et de la Pologne ne peuvent
pas caboter en France et les entreprises françaises ne peuvent pas
davantage caboter dans ces deux pays.
-Jusqu’au 1er mai 2006 (renouvelable pour une période de 2 ans puis 1
an), les entreprises ressortissant de l’Estonie, de la Lettonie, de
la Lituanie, de la Slovaquie et de la République Tchèque ne peuvent
pas caboter en France et les entreprises françaises ne peuvent pas
non plus caboter dans ces pays.
Le 1er
mai 2009, le cabotage sera autorisé dans l’ensemble de l’Union
Européenne.
Remarque :
en France, le Ministère des transports a rappelé que le fait pour
une entreprise de réaliser du cabotage en méconnaissance de cette
interdiction est constitutif d’un délit d’exercice illégal de la
profession.
Il est à signaler
que le règlement européen a longtemps posé un problème
d’interprétation. Il précise que le cabotage est une activité
« temporaire ». Mais cette notion de temporaire n’est pas définie.
La durée n’en est pas strictement fixée.
Le Rapport du
député Francis Hillmeyer (2004) soulignait cet aspect et insistait
sur le fait que
« les
professionnels réclament un meilleur contrôle et sanction du
cabotage illégal et sauvage et une modification du règlement du 25
octobre 1993 qui fixe les conditions d’exercice du cabotage ».
En France, depuis
le 11 octobre 2004 un décret (n°2004-1080) relatif aux transports de
cabotage routier de marchandises (application des Directives
881/92/CEE et 3118/93/CEE), précise cette notion (devrait entrer en
vigueur début 2005) : « sont considérés
comme des transports de cabotage pouvant être effectués à titre
temporaire sur le territoire français par une entreprise établie
dans un autre Etat membre de l'Union européenne ou de l'Espace
économique européen les transports de marchandises qui ne donnent
pas lieu à la présence sur le territoire national d'un même véhicule
durant plus de 10 jours consécutifs, ni plus de 15 jours sur une
période de 60 jours ». Dans d’autres pays
européens, la caractéristique « temporaire » est quantifiée depuis
longtemps, la tendance étant à la limitation des durées de cabotage
à moins d’un mois. Les autorités britanniques ont notamment décidé
de limiter à 30 jours la durée du cabotage autorisée sur leur
territoire depuis le 1er décembre 2002 et c’est au
conducteur de prouver qu’il n’a pas dépassé cette durée.
Le cabotage, par
pays pour l’année 2003, réalisé par les pavillons européens, est
présenté dans le tableau suivant :

Source : DAEI/SES
(enquêtes TRM française et européennes)
Le pays le plus
caboté est la France (avec 3440 millions de tonnes-km) suivi par
l’Allemagne (avec 3049 millions de tonnes-km). Le pavillon le plus
caboteur est la Belgique (avec 2275 millions de tonnes-km),
l’Allemagne et les Pays-Bas (mais aussi le Luxembourg) sont
également des pavillons qui réalisent une grande partie de cabotage.
Il est à signaler que le pavillon français n’effectue que peu de
cabotage. La France est six fois plus cabotée que caboteuse (le
Royaume-Uni : dix-sept fois).
L'ouverture du
cabotage a marqué la différence entre les pays « caboteurs » (le
Benelux essentiellement) et les pays « cabotés » (Allemagne, France,
Royaume-Uni). La part du cabotage reste cependant limitée (0,8 %
pour l’ensemble des pavillons des 15 pays étudiés).
Cela est, de même
que le transport international, révélateur de la politique (choisie
ou subie) des pavillons, de leur ouverture à l’international et de
l’organisation de leur activité (e.g. prise en compte ou non du
cabotage dans un schéma longue distance, etc.). Des contraintes
diverses (sociales, fiscales, techniques, etc.), auxquels les
différents pavillons doivent faire face (ou non, selon leur
stratégie …), viennent influencer ces répartitions.
Le cabotage a été
libéralisé au sein de l’Union européenne depuis 1998. Le règlement
31118/93 du 25 octobre 1993 fixe les conditions de son exercice et
définit le cabotage comme tout transport public routier de
marchandises, effectué à titre temporaire dans un autre état membre
sans y disposer d’un siège ou d’un établissement. Le cabotage permet
à un transporteur d’un Etat membre de l’UE de réaliser des
transports intérieurs sur le territoire d’un autre pays membre.
Le cabotage ne
peut donc être légalement pratiqué que par des entreprises de l’UE
des quinze et uniquement au sein de l’Europe actuelle.
Même si la part de
marché « croquée » par les caboteurs européens en France reste
relativement faible, son accroissement fait redouter aux
transporteurs l’accélération de son développement dans les
prochaines années. On estime ainsi qu’il représente aujourd’hui
environ 3 % du trafic national contre 1,5 % en 2001. Le cabotage
contribue de façon inéluctable à l’écrasement des prix du TRM
puisque le caboteur travaille moins cher, par définition, que le
transporteur du pays où il cabote.
Beaucoup de
transporteurs s’inquiètent du développement du cabotage effectué par
des transporteurs de l’Union dans des conditions contraires au
règlement européen (dit cabotage illégal) et du développement du
cabotage effectué par des transporteurs des pays tiers pour lesquels
cette activité est totalement interdite (dit cabotage sauvage)
en particulier dans les régions proches des frontières.
Les professionnels
réclament un meilleur contrôle et sanction du cabotage illégal et
sauvage et une modification du règlement du 25 octobre 1993 qui fixe
les conditions d’exercice du cabotage. Le décret du 24 Octobre 2004
répond en partie à présent à cette préoccupation en fixant
précisément des durées maximales.
« Les Espagnols ?
Une invasion depuis 1992, note pour sa part un transporteur :
l’Espagne a énormément de petits transporteurs indépendants qui
viennent gagner leur vie aux dépens de nos prix et de nos
entreprises. Il y a aussi les Portugais qui ont des coûts encore
inférieurs aux Espagnols. Les Espagnols commencent à souffrir à leur
tour, d’autant plus, que des étrangers
(comme des Lituaniens ou
ressortissants d’autres pays de l’Est)
travaillent
souvent sous la houlette d’entreprises allemandes et les attaquent à
présent…
La FNTR a cité à
plusieurs reprises des cas où l’on voit le chauffeur étranger,
polonais, slovaque, tchèque ou hongrois rentrer chez-lui après 2 – 3
mois de cabotage d’aubaine en France et le véhicule rester sur place
avec un nouveau conducteur.
Il est clair que
dans de elles conditions le différentiel des coûts accroît les
distorsions de concurrence,certains parlent de « cabotage sauvage »
pratiqué par exemple par des ressortissants des pays de l’est ou par
des magrébins dont le tracteur reste à Marseille et fait de la
traction pour compte de chargeur, dans tout le Sud.
On évoque
fréquemment cas de caboteurs qui viennent remplacer les entreprises
françaises aux moments des récoltes : blé, betteraves à sucre, maïs,
etc. et qui restent en France un temps indéterminé.
Ce que l’ensemble
des organisations syndicales dénoncent avec force, invitant les
services fiscaux à s’intéresser à ces transporteurs qui encaissent
le montant de la TVA française auprès de leurs donneurs d’ordres,
mais ne la déclarent pas, ne la paient pas : c’est tout bénéfice,
car souvent, leur soi-disant correspondant fiscal français n’existe
pas !
« Les Français
peuvent bien sûr, caboter à l’étranger. Mais ils ne seront jamais
compétitifs. Ne l’étant plus, ils ont préféré se réfugier sur le
marché intérieur, où ils sont de plus en plus durement attaqués par
le biais du cabotage ».
« Le vrai
cabotage, entre transporteurs internationaux est une bonne chose,
c’est celui qui permet de diminuer les kilomètres et les retours à
vide »
Certains sont plus
modérés et estiment que le cabotage n’est pas un phénomène grave «
La France est un pays relativement caboté. Cela n’a pas été
l’explosion qu’on redoutait, et ça reste un phénomène peu
important »
On considère, vu
des services officiels de Paris et de Bruxelles, qu’il n’y a pas eu,
en France, d’explosion du cabotage après la libéralisation et que
même si notre pays est relativement caboté par rapport aux autres
pays, le phénomène reste marginal, quantitativement.
L’objectif est
donc dans un premier temps de parvenir à une interprétation et une
application commune par les Etats membres du règlement sur le
cabotage. Suite à la demande de la France appuyée par d’autres Etats
de l’UE, une première réunion, organisée par les services de la
Commission avait eu lieu en décembre 2003, entre les Etats membres
sur ce sujet. Suite à cette réunion, les services de la Commission
ont fait des propositions de définition du terme temporaire au cours
de l’année 2004.
Parallèlement, une
réflexion a été lancée à l’initiative du Secrétaire d’Etat aux
transports avec la profession pour trouver les solutions permettant
de lutter contre le cabotage illégal et sauvage.
Elle a abouti à
une première mesure, la publication d’un arrêté qui prévoit que tout
transporteur effectuant un transport de cabotage en France doit
inscrire son numéro d’immatriculation au centre des impôts des non
résidents sur sa lettre de voiture. Cette disposition permet de
vérifier que les transporteurs caboteurs s’acquittent de la TVA,
comme ils doivent normalement le faire selon les dispositions du
règlement européen.
D’autres pistes
sont explorées qui portent sur les sanctions et les modalités de
contrôle du cabotage. A Bruxelles, on reconnaît que le règlement
communautaire ne permet pas une interprétation précise.
Début 2004, c’est
ce qu’a confirmé Mme Loyala De PALACIO, commissaire européen, qui
affiche une connaissance très précise du phénomène du cabotage et de
la problématique du transport en général. « Le secteur du transport
est clé pour l’économie européenne, dit-elle entre autres, mais la
suspension du cabotage en France, actuellement avec les 15 pays de
l’Europe d’aujourd’hui, est impossible. Le vrai problème, c’est que
la France est allée beaucoup plus loin que les autres dans le
domaine social et il n’y a aucun goût chez les états membres pour
renforcer la réglementation européenne dans sa dimension sociale,
pas plus les états du Nord comme les Pays Bas que ceux du Sud, comme
l’Italie ou l’Espagne. Aucun état n’acceptera de suivre la France.
Cela a incontestablement des conséquences en terme de compétitivité
pour votre pays ».
Le Gouvernement
français, rappelons-le, avait tenté de répondre à l’inquiétude
grandissante des organisations patronales des transporteurs en ne
considérant comme admissible au titre du cabotage que les opérations
limitées à une semaine. La circulaire du ministre datée du 22
janvier 2002 a malheureusement ensuite été annulée par décision du
Conseil d’Etat du 2 juin 2003 : la durée du cabotage en France
n’était donc plus limitée. Les Anglais et les Grecs avaient déjà
quant à eux, limité le cabotage à un mois.Il a fallu attendre le
décret du 24 octobre 2004 pour enfin encadrer les conditions
temporelles du cabotage.
Le cabotage existe
et se justifie s’il participe à la rationalisation du trafic et s’il
évite les retours à vide. On rentre sur un marché de plus en plus
européen et unique, et la liberté de prestation de service à
l’intérieur de l’Union européenne est un dogme. Tout système qui
empêcherait les gens d’optimiser leur flotte serait profondément
anti-démocratique, anti-économique, anti-social et directement
incitatif à la fraude et au travail clandestin. En revanche, cette
activité doit être encadrée, réglementée et contrôlée.
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détail
A LIRE, même si très critiqué
Rapport HILLMEYER
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